Retraite des expatriés : combler le manque
Réponse courte : quand vous travaillez à l'étranger dans un pays sans accord de sécurité sociale avec la France, vous ne validez plus de trimestres pour votre retraite française. Votre pension sera calculée au prorata de votre carrière française, donc souvent nettement plus basse que prévu. Deux solutions officielles existent (cotiser volontairement via la CFE, ou racheter des trimestres), mais elles coûtent cher. Beaucoup d'expatriés choisissent donc de compléter par une épargne de long terme qu'ils construisent eux-mêmes.
En bref
- Pour une retraite de base à taux plein, il faut jusqu'à 172 trimestres, soit 43 ans, pour les personnes nées à partir de 1966.
- Dans l'Union européenne, en Suisse, au Royaume-Uni et dans une quarantaine de pays liés par une convention, vos périodes de travail peuvent compter. Ailleurs, rien ne se valide.
- La cotisation volontaire via la CFE peut atteindre environ 8 600 euros par an pour valider 4 trimestres au niveau du plafond.
- Pour estimer le capital qui vous manquera, une règle simple consiste à diviser le manque annuel par 3,5 %.
- La régularité et les frais faibles comptent davantage que le choix du « bon moment » pour investir.
Cet article a une visée informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil juridique ou fiscal. Les projections reposent sur des données historiques qui ne garantissent pas les performances futures. Pour votre situation, consultez un conseiller indépendant.
Comment se calcule la retraite française ?
La retraite de base du régime général se compte en trimestres. Un salarié valide un trimestre dès qu'il perçoit un salaire soumis à cotisation au moins égal à 150 heures payées au SMIC, dans la limite de 4 trimestres par an. En 2026, il faut environ 7 212 euros bruts dans l'année pour valider les 4 trimestres.
Pour toucher une pension à taux plein, il faut réunir un certain nombre de trimestres, qui dépend de votre année de naissance : 170 pour les personnes nées en 1964, 171 ou 170 pour celles nées en 1965, et 172 (soit 43 ans) à partir de la génération 1966. Ces seuils tiennent compte de la suspension partielle de la réforme de 2023, votée fin 2025 et entrée en vigueur le 1er septembre 2026. Ils peuvent encore évoluer : vérifiez toujours votre situation sur votre relevé de carrière.
S'il vous manque des trimestres, votre pension est réduite de deux façons : elle est calculée au prorata des trimestres validés, et une décote s'applique si vous partez avant l'âge du taux plein automatique, fixé à 67 ans.
Que devient votre retraite quand vous travaillez à l'étranger ?
Tout dépend du pays. Il existe trois situations :
- Union européenne, Espace économique européen, Suisse et Royaume-Uni : des règles de coordination permettent de prendre en compte vos périodes de travail dans ces pays pour déterminer vos droits. Chaque pays vous verse ensuite une pension au prorata des périodes effectuées chez lui.
- Pays liés à la France par une convention bilatérale de sécurité sociale : la France en a signé avec une quarantaine d'États, dont les États-Unis, le Canada, le Japon, la Corée du Sud, l'Inde ou le Brésil. Les périodes cotisées sur place peuvent alors être prises en compte, selon les termes de chaque convention.
- Tous les autres pays : vos années de travail sur place ne valident aucun trimestre en France. C'est le cas de la plupart des destinations prisées d'Asie du Sud-Est, comme la Thaïlande, le Vietnam, le Cambodge ou l'Indonésie, ainsi que des Émirats arabes unis. Le Centre des liaisons européennes et internationales de sécurité sociale (Cleiss) tient la liste à jour des accords en vigueur.
Attention à une confusion fréquente : une convention fiscale n'est pas un accord de sécurité sociale. La Thaïlande, par exemple, a signé une convention fiscale avec la France pour éviter la double imposition, mais cela n'a aucun effet sur votre retraite.
Un exemple pour fixer les idées. Une personne a travaillé 12 ans en France, soit 48 trimestres, puis part à 34 ans travailler durablement dans un pays sans accord. Si elle doit réunir 172 trimestres, sa retraite de base sera calculée sur 48/172, soit environ 28 % d'une pension à taux plein, et encore à condition d'attendre 67 ans pour éviter la décote. À cela s'ajoute la retraite complémentaire Agirc-Arrco, proportionnelle aux points acquis pendant ces 12 années. Le montant exact dépend des salaires perçus : seule une simulation personnalisée permet de le connaître.
Cotiser à la CFE pour sa retraite : est-ce intéressant ?
La Caisse des Français de l'étranger (CFE) propose une assurance volontaire vieillesse : vous cotisez depuis l'étranger et vous continuez à valider des trimestres au régime général, comme si vous travailliez en France. Pour y avoir droit, il faut notamment avoir été affilié suffisamment longtemps à la sécurité sociale française avant le départ, et respecter un délai d'adhésion (Service-Public.fr indique 12 mois pour une adhésion individuelle, au-delà desquels des majorations de retard peuvent s'appliquer). Les conditions détaillées figurent sur la fiche salarié détaché ou expatrié : quels effets sur la retraite ?
Le coût dépend de la catégorie de revenus choisie. Au niveau le plus élevé, correspondant au plafond de la sécurité sociale (48 060 euros en 2026), la cotisation avoisine 8 600 euros par an, soit un peu plus de 700 euros par mois. Les catégories inférieures coûtent moins cher, mais inscrivent un revenu plus faible sur votre relevé de carrière. Cette cotisation ne couvre que la retraite de base : pour la retraite complémentaire, une adhésion volontaire distincte est possible auprès de l'Agirc-Arrco, via Malakoff Humanis International.
Pour un salarié bien payé qui prévoit de rentrer en France, la CFE peut avoir du sens. Pour un indépendant ou un salarié en contrat local aux revenus modestes, le rapport entre le coût et le gain est à calculer au cas par cas.
Le rachat de trimestres : une solution de rattrapage
Il est aussi possible de racheter certains trimestres manquants, notamment des années d'études supérieures ou des années incomplètes (dans la limite de 12 trimestres), ainsi que, sous conditions, des périodes d'activité à l'étranger. Le coût dépend de votre âge au moment du rachat et de vos revenus : il se chiffre en milliers d'euros par trimestre, et augmente à mesure qu'on approche de la retraite. Les règles sont précises et les délais comptent : demandez une étude personnalisée à votre caisse de retraite avant toute décision.
Comment estimer ce qui vous manquera ?
Le calcul prend une dizaine de minutes :
- Consultez votre relevé de carrière et votre estimation sur le portail officiel info-retraite.fr, en vous connectant avec FranceConnect. Attention : les estimations supposent souvent que vous continuez à cotiser jusqu'à la retraite. Si vous êtes à l'étranger sans cotiser, votre pension réelle sera probablement plus basse.
- Définissez votre besoin mensuel à la retraite, selon le pays où vous comptez vivre. Notre simulateur de budget d'expatriation vous aide à l'estimer poste par poste.
- Calculez le manque, puis le capital nécessaire pour le combler. Une règle souvent utilisée consiste à diviser le manque annuel par un taux de retrait prudent de 3,5 %.
Exemple : si votre pension estimée est de 350 euros par mois et que votre besoin est de 2 000 euros, il vous manque 1 650 euros par mois, soit 19 800 euros par an. Divisé par 3,5 %, cela donne un capital d'environ 566 000 euros. Cette règle est une approximation issue d'études historiques, pas une garantie : elle vise à limiter le risque d'épuiser son capital sur 30 ans ou plus, sans l'exclure.
Les trois erreurs qui coûtent le plus cher
1. Compter sur le Livret A pour sa retraite. Son taux est de 1,7 % depuis le 1er août 2026. En 2025, l'inflation (0,9 % en moyenne) était inférieure à son taux, mais en 2026 elle devrait tourner autour de 2 %, ce qui rend son rendement réel légèrement négatif. Le Livret A est un excellent outil pour votre épargne de précaution, disponible et garanti. Sur 25 ans, c'est un outil de croissance très limité.
2. Payer des frais élevés sans le savoir. Beaucoup de fonds vendus en agence facturent des frais annuels bien supérieurs à ceux des fonds indiciels. Et sur la durée, la plupart des fonds gérés activement font moins bien que leur indice : selon l'étude SPIVA de S&P Dow Jones Indices, près de 98 % des fonds actions monde en euros ont sous-performé leur indice de référence sur 10 ans (source : SPIVA Europe, fin 2025).
3. Attendre. Avec 500 euros investis chaque mois et un rendement réel de 5 à 6 % par an, commencer un an plus tard coûte environ 20 000 à 25 000 euros de capital au bout de 25 ans. Non pas parce que vous avez mal investi, mais parce que vous avez attendu.
Une approche en trois piliers
1. L'épargne de précaution. Avant d'investir, mettez de côté l'équivalent de 3 à 6 mois de dépenses courantes, sur un support disponible comme le Livret A. Pour 1 800 euros de dépenses mensuelles, cela représente entre 5 400 et 10 800 euros. Ce n'est pas un placement, c'est une assurance.
2. Un fonds indiciel mondial (ETF). Un ETF réplique automatiquement un indice boursier. Un ETF « monde » vous expose en une seule ligne à plusieurs milliers d'entreprises (de l'ordre de 1 500 à plus de 4 000 selon l'indice choisi), réparties dans plusieurs dizaines de pays. Ses frais annuels sont généralement compris entre 0,1 % et 0,3 %. Les versions dites « capitalisantes » réinvestissent automatiquement les dividendes. Le choix du pays de domiciliation de l'ETF (souvent l'Irlande) a des conséquences fiscales qui dépendent de votre pays de résidence : renseignez-vous.
3. Une plateforme adaptée à votre résidence. Toutes les banques et tous les courtiers n'acceptent pas les non-résidents, ni tous les pays de résidence. Des courtiers en ligne internationaux, comme Interactive Brokers, ouvrent des comptes aux résidents de nombreux pays, mais vérifiez toujours les conditions pour votre pays avant d'ouvrir un compte. Si vous aviez un PEA avant de partir, sachez qu'il peut en principe être conservé, sauf installation dans un État classé non coopératif (voir notre article sur les démarches pour quitter la France).
La méthode la plus simple consiste à investir un montant fixe chaque mois, quelles que soient les conditions de marché. C'est ce qu'on appelle l'investissement programmé (en anglais, « dollar cost averaging »).
Que peut-on raisonnablement espérer ?
Historiquement, les grands indices d'actions mondiales ont rapporté de l'ordre de 7 à 8 % par an sur longue période, avant inflation. Une fois l'inflation déduite, on retient souvent une fourchette de 5 à 6 % de rendement réel. C'est ce chiffre qui compte pour votre pouvoir d'achat futur, et il n'est jamais garanti.
Avec ces hypothèses, voici ce que donneraient des versements mensuels réguliers pendant 25 ans, en euros d'aujourd'hui :
- 300 euros par mois : environ 176 000 à 203 000 euros ;
- 500 euros par mois : environ 293 000 à 338 000 euros, soit un complément d'environ 850 à 990 euros par mois avec la règle des 3,5 % ;
- 700 euros par mois : environ 410 000 à 473 000 euros, soit un complément d'environ 1 200 à 1 380 euros par mois.
Côté fiscalité, tout dépend de votre pays de résidence pendant la phase d'épargne. Et si vous revenez vivre en France, les plus-values que vous réaliserez ensuite y seront en principe imposables, au prélèvement forfaitaire unique (porté à 31,4 % en 2026 avec la hausse des prélèvements sociaux). À intégrer dans vos calculs.
Et quand les marchés baissent ?
Ils baissent, régulièrement et parfois fortement. Des chutes de 30 % ou plus se sont produites plusieurs fois au cours des dernières décennies. Après la crise de 2008, l'indice américain S&P 500 a mis environ cinq ans et demi à retrouver son plus haut. Après le choc du Covid en 2020, il lui a fallu environ six mois.
La réaction naturelle est de tout vendre au pire moment. Historiquement, ceux qui ont continué à investir pendant les baisses s'en sont mieux sortis que ceux qui ont attendu que « ça se calme ». Le risque principal, pour un épargnant de long terme, est de ne plus être investi au moment où les marchés remontent.
Ce qu'il faut retenir
Le système de retraite français n'a pas été conçu pour les carrières à l'étranger. Si vous vivez dans un pays sans accord, chaque année sans cotiser réduit votre future pension. Commencez par mesurer le manque sur info-retraite.fr, comparez le coût des solutions officielles (CFE, rachat) avec une épargne que vous construisez vous-même, et commencez tôt : le temps compte plus que le montant.
Pour aller plus loin, lisez notre guide de l'expatriation des seniors et notre sélection des meilleurs pays pour prendre sa retraite à l'étranger. Notre simulateur gratuit du pays idéal compare 43 destinations selon votre profil, et le guide complet de l'expatriation est disponible gratuitement.