Envie de partir à l'étranger : 1 Français sur 4 l'année dernière
Réponse courte : selon l'institut Gallup, 27 % des adultes en France déclaraient en 2025 vouloir s'installer définitivement à l'étranger s'ils en avaient la possibilité, contre 11 % un an plus tôt. Cette envie va de pair avec une forte baisse de la confiance dans les institutions. Mais l'écart entre l'envie et le départ réel reste immense : le nombre de Français inscrits à l'étranger n'a progressé que d'environ 30 000 personnes en 2025.
En bref
- 27 % des adultes en France voudraient partir vivre définitivement à l'étranger s'ils le pouvaient (Gallup, 2025), contre 11 % en 2024.
- Une hausse de 16 points en un an, que Gallup qualifie de quasiment sans équivalent dans le monde depuis 2007.
- Destinations citées : Canada (15 %), Suisse (8 %), Espagne et Algérie (6 % chacune).
- Le Registre des Français établis hors de France est passé de 1 754 688 à 1 784 975 inscrits en 2025.
- La plupart de ceux qui partent le font sans accompagnement pour préparer leur installation.
Un Français sur quatre. Le chiffre a beaucoup circulé depuis décembre 2025, souvent sans contexte. D'où vient-il, que mesure-t-il exactement, et que dit-il de ceux qui partent vraiment ? Voici un décryptage, sources à l'appui.
D'où vient le chiffre « un Français sur quatre veut partir » ?
Il vient du Gallup World Poll, une enquête que l'institut américain Gallup mène chaque année dans plus de 140 pays. Depuis 2007, la même question y est posée : « Idéalement, si vous en aviez la possibilité, aimeriez-vous vous installer définitivement dans un autre pays, ou préféreriez-vous continuer à vivre dans ce pays ? »
Le 22 décembre 2025, Gallup a publié ses résultats pour la France. En 2025, 27 % des adultes vivant en France déclaraient vouloir partir définitivement à l'étranger s'ils en avaient l'occasion, soit plus du double de l'année précédente (11 %). Gallup souligne que cette hausse de 16 points en un an est relativement sans équivalent dans le monde depuis le début de la série en 2007, tout en précisant que les données 2025 n'étaient pas encore disponibles pour tous les pays (source : Gallup).
Un point de lecture important : la question porte sur un souhait hypothétique (« si vous en aviez la possibilité »). Elle mesure une aspiration, pas un projet. C'est ce qui explique l'écart que nous verrons plus bas.
Pourquoi cette envie de partir a-t-elle bondi en 2025 ?
Gallup relie cette hausse à une forte baisse de la confiance dans les institutions nationales, sur fond d'instabilité politique. En un an, la confiance dans le gouvernement est tombée de 13 points, à 29 %. La confiance dans l'honnêteté des élections a perdu autant, à 51 %. Celle dans le système judiciaire a reculé de 9 points (à 50 %), et celle dans les institutions financières de 8 points (à 42 %). Selon Gallup, aucun autre pays de l'Union européenne n'a connu en 2025 une baisse moyenne plus forte de la confiance dans ces quatre institutions.
Le lien avec l'envie de partir apparaît clairement dans les données. Parmi les personnes qui ne font confiance qu'à une seule ou à aucune des cinq institutions mesurées, 49 % disent vouloir s'installer définitivement à l'étranger. Cette proportion est nettement plus faible chez celles qui accordent davantage leur confiance aux institutions.
Il s'agit d'une association statistique, pas d'une preuve de cause à effet. Et une enquête d'opinion ne dit pas si cette envie se maintiendra dans les prochaines années : les prochaines éditions du Gallup World Poll permettront de le vérifier.
Dans quels pays les Français veulent-ils s'installer ?
Parmi les adultes en France qui aimeraient partir, les destinations les plus citées sont :
Ces choix correspondent en bonne partie à des pays où vivent déjà de grandes communautés françaises. La Suisse et le Canada figurent dans le top 5 des pays qui comptent le plus de Français inscrits, et l'Espagne est septième (voir notre classement 2026 des pays où vivent les Français). L'Algérie arrive douzième de ce classement. Les candidats au départ semblent donc viser des destinations connues, francophones ou proches, plutôt que des pays lointains et idéalisés.
Combien de Français partent vraiment ?
Beaucoup moins que ceux qui en rêvent. Au 31 décembre 2025, le Registre des Français établis hors de France comptait 1 784 975 inscrits, contre 1 754 688 un an plus tôt, soit une hausse nette d'environ 30 000 personnes (source : Les Français).
Ce chiffre ne compte pas tous les départs de l'année. C'est un solde : il additionne les nouvelles inscriptions et retire les radiations, notamment les Français qui rentrent. Selon le rapport du gouvernement 2026, 146 583 personnes étaient inscrites depuis moins d'un an dans leur circonscription consulaire. Et l'inscription étant facultative, une partie des départs n'apparaît nulle part : le gouvernement estime le nombre réel de Français à l'étranger entre 2,8 et 3,2 millions.
Même avec ces précautions, l'écart reste spectaculaire. D'un côté, plus d'un adulte sur quatre dit vouloir partir. De l'autre, les flux réels se comptent en dizaines de milliers, au mieux en quelques centaines de milliers de personnes par an. Entre l'envie et le départ, il y a la réalité d'un projet à construire.
Qu'est-ce qui freine le passage à l'acte ?
Les données disponibles portent surtout sur ceux qui sont déjà partis, et elles sont instructives. Le Baromètre Expat Communication 2024, réalisé auprès de Français de l'étranger, montre que 56 % d'entre eux n'avaient pas identifié d'obstacle majeur au départ. En revanche, la plupart n'avaient pas reçu d'accompagnement pour préparer leur expatriation : 76 % des femmes et 70 % des hommes (source : Expat Communication).
Une fois sur place, ces mêmes expatriés citent trois freins majeurs à leur intégration : le manque de préparation, les différences linguistiques et culturelles, et la difficulté pour le conjoint à trouver un emploi. Le message est cohérent : ceux qui partent le font souvent sans préparation suffisante, et c'est précisément ce qui complique ensuite leur installation.
Pour ceux qui hésitent encore, les freins les plus fréquents sont connus : la peur de s'éloigner de ses proches, la langue, l'argent et les démarches. Nous les avons analysés un par un dans notre article Pourquoi vous n'osez pas vous expatrier : 10 peurs décryptées.
Comment passer de l'envie au projet ?
En commençant par les trois questions qui bloquent le plus souvent :
- Où aller ? Notre simulateur gratuit du pays idéal compare 43 destinations selon votre profil, votre budget et vos priorités.
- Avec quel budget ? Le simulateur de budget d'expatriation estime le coût de votre installation poste par poste.
- Par où commencer ? Le guide complet de l'expatriation couvre les étapes, de la décision à l'installation, et notre article sur les démarches pour quitter la France détaille l'ordre administratif à respecter.
Ces outils sont des aides à la décision, pas des conseils personnalisés. Pour une situation fiscale, sociale ou patrimoniale particulière, consultez un professionnel.
Avant même de choisir un pays, prenez le temps de clarifier ce qui vous pousse à partir. Une envie née d'un rejet de la situation actuelle n'a pas la même solidité qu'un projet construit vers quelque chose de précis. Notre article Êtes-vous prêt à partir ? vous aide à faire le point.
Ce qu'il faut retenir
L'envie de quitter la France a nettement progressé en 2025 : 27 % des adultes disent vouloir partir définitivement s'ils le pouvaient, un niveau associé par Gallup à une chute de la confiance dans les institutions. Mais une aspiration n'est pas un départ. Les chiffres du Registre montrent une progression régulière, loin de l'exode que ce sondage pourrait laisser imaginer. Et parmi ceux qui franchissent le pas, la plupart le font sans accompagnement. Entre le rêve et la réussite, la différence se joue d'abord dans la préparation.