Jeunes diplômés : pourquoi ils veulent partir à l'étranger
Réponse courte : plus d'un diplômé bac+5 sur deux envisage de travailler à l'étranger dans les trois ans, mais une minorité passe à l'acte : environ 9 % des jeunes ingénieurs commencent leur carrière hors de France. Et contrairement à l'idée reçue, ce n'est pas un rejet du pays : seuls 13 % de ceux qui envisagent de partir le feraient parce qu'ils ne veulent plus vivre en France. Ce qu'ils cherchent, ce sont des revenus, une expérience et une qualité de vie.
En bref
- Dans le baromètre Ipsos bva pour la Fédération Syntec, 55 % des diplômés bac+5 pensent travailler à l'étranger d'ici trois ans, dont 18 % sérieusement. Ils étaient 57 % et 21 % un an plus tôt.
- Le taux de départ réel des jeunes diplômés reste proche de 9 %.
- Ce sont les plus satisfaits de leur situation professionnelle qui envisagent le plus sérieusement de partir.
- Canada, Suisse, États-Unis et Allemagne concentrent les envies.
- Deux tiers des candidats imaginent un séjour d'un à cinq ans, pas une installation définitive.
Imaginez un dîner de famille. Votre fils annonce qu'il aimerait partir travailler à Montréal ou à Zurich. La première réaction est souvent la même : mais pourquoi ? Les enquêtes apportent une réponse plus nuancée qu'on ne le croit. Voici ce qu'elles disent, et comment transformer une envie en projet.
Combien de diplômés veulent partir, et combien partent vraiment ?
Il faut distinguer trois choses que les enquêtes mesurent séparément : l'envie de partir, le départ qu'on prépare, et la vie à l'étranger.
Côté envie, le baromètre Ipsos bva pour la Fédération Syntec, mené auprès de 1 001 personnes de niveau bac+5 et plus résidant en France (actifs cadres supérieurs et étudiants), montre que 55 % envisagent de travailler à l'étranger dans les trois ans, dont 18 % de façon sérieuse. L'envie ne grimpe pas : l'édition précédente mesurait 57 %, dont 21 % sérieusement.
Côté réalité, les chiffres sont bien plus bas. Selon la même étude, le taux d'expatriation des jeunes diplômés reste de l'ordre de 9 %, et il serait même en léger recul chez les ingénieurs de la promotion 2024, à 8,7 % (source : Fédération Syntec, 2026).
Un point à garder en tête : ces enquêtes n'interrogent pas les mêmes populations et ne se soustraient pas. Elles racontent néanmoins la même chose. Penser à partir est courant. Partir concerne une minorité.
Fait moins connu, le phénomène s'amplifie en cours de carrière plutôt qu'à la sortie des études. La part des ingénieurs déjà en activité qui travaillent à l'étranger est passée de 12,9 % à 14,8 % d'une édition à l'autre. Et près de 27 % des talents étrangers formés en France repartent ensuite travailler ailleurs.
Qui envisage sérieusement de partir ?
Le portrait surprend : ce sont plutôt les gens qui vont bien. Dans l'édition 2025 du baromètre, 33 % des diplômés très satisfaits de leur situation professionnelle envisageaient sérieusement de partir, contre 22 % chez les insatisfaits. Les auteurs y voient un effet de confiance : pour tenter l'aventure, mieux vaut se sentir solide dans son métier.
Le deuxième facteur est l'entourage. Chez ceux qui ont déjà étudié ou travaillé à l'étranger, ou qui comptent des expatriés parmi leurs proches, un tiers envisageait sérieusement de partir, contre 21 % en moyenne. Chez ceux qui ont déjà travaillé à l'étranger, la proportion montait à 44 %. Un échange universitaire, un stage ou un semestre à l'étranger donne souvent le goût de l'ailleurs.
Que cherchent-ils en partant ?
Des conditions de vie meilleures, avant tout : le premier motif cité est l'amélioration des revenus et du logement. Viennent ensuite la qualité de vie, les perspectives professionnelles et l'envie de découvrir une autre culture, citées chacune par environ un tiers des candidats, les réponses pouvant se cumuler.
Le rejet de la France, lui, arrive loin derrière. Seuls 13 % de ceux qui envisagent de partir le feraient parce qu'ils ne veulent plus vivre dans le pays (source : Ipsos bva, 2026). Autrement dit, près de neuf candidats sur dix ne citent pas ce motif.
Ce que confirme la question inverse, celle de ce qui les ferait renoncer à partir : 43 % citent une hausse de leurs revenus nets, 37 % de meilleures perspectives de carrière, et 32 % une fiscalité plus douce. Ce sont des attentes professionnelles et financières, pas un divorce avec le pays.
À noter aussi : le regard porté sur la France est contrasté. Une large majorité des diplômés interrogés dans l'édition 2025 jugeait le pays en déclin, tout en citant au moins un atout de son système social, la protection sociale en tête.
Quels pays les attirent ?
Dans l'édition 2025 du baromètre, le Canada arrivait en tête, cité par 29 % des candidats, devant la Suisse (22 %), les États-Unis (17 %) et l'Allemagne (16 %).
La réalité suit en partie ces envies. La Suisse est le premier pays de travail à l'étranger des ingénieurs français, et le registre consulaire montre que Suisse et États-Unis se disputent la première place des communautés françaises, à 352 inscrits d'écart seulement. Au total, 1 784 975 Français étaient inscrits au Registre des Français établis hors de France au 31 décembre 2025, en hausse d'environ 1,7 % sur un an, une progression à lire avec prudence puisque l'inscription est volontaire. Le détail figure dans notre classement 2026 des pays où vivent les Français.
Le Canada, lui, fait rêver plus qu'il n'ouvre ses portes : les places du Programme Vacances-Travail pour les Français s'attribuent par tirage au sort, et leur nombre a baissé ces dernières années.
Gagne-t-on vraiment plus à l'étranger ?
Un cas documenté donne un repère. Six mois après leur diplôme, les sortants de Sciences Po déclarent environ 43 600 euros bruts annuels en France, primes comprises, contre environ 48 200 euros à l'international. L'écart tourne autour de 10 %. Attention : un seul établissement, des métiers et des pays très variés. C'est un repère, pas une règle.
Surtout, le salaire brut ne dit rien de ce qui reste à la fin du mois. Pour comparer deux offres sérieusement, partez du revenu disponible après prélèvements, puis déduisez le loyer, les transports, la santé et les dépenses courantes. Un exemple parlant : en Suisse, l'assurance maladie est privée et obligatoire, avec une prime mensuelle moyenne qui approche les 500 francs suisses par adulte. Un salaire supérieur de 30 % peut fondre très vite.
Notre simulateur de budget d'expatriation permet de faire ce calcul poste par poste, et notre guide pour trouver un travail à l'étranger aborde la négociation d'une offre internationale.
Tester un départ sans tout quitter : PVT et VIE
Deux formules permettent d'essayer avant de s'engager :
- Le Programme Vacances-Travail (PVT), ouvert avec une quinzaine de pays, qui permet de séjourner et de travailler sur place, généralement jusqu'à 30 ou 35 ans selon les accords.
- Le VIE (Volontariat international en entreprise), qui envoie un jeune travailler à l'étranger pour le compte d'une entreprise française, avec un statut et une indemnité encadrés.
Les âges, durées et conditions varient selon les pays et les dispositifs : vérifiez-les sur France Diplomatie et sur le site de Business France, qui gère le VIE.
Partir pour combien de temps ?
Deux tiers des candidats imaginent un séjour d'un à cinq ans. C'est la durée rêvée au départ, et les données sur les retours réels manquent. Entre-temps, un emploi, une rencontre ou simplement le climat peuvent donner envie de rester. D'autres rentrent avec des compétences, un réseau et une idée plus claire de ce qu'ils veulent.
Le retour a aussi ses surprises, souvent sous-estimées : notre article sur le choc culturel inversé explique pourquoi revenir est parfois plus difficile que partir.
Comment en parler en famille ?
Si la question vient de votre enfant, commencez par demander ce qu'il espère trouver là-bas : un salaire, une expérience, un métier, une rencontre. La réponse oriente tout le reste.
Ensuite, passez de l'envie au projet avec cinq questions simples :
- Quelle activité sur place : contrat, études, mission, recherche d'emploi ?
- Quel budget de départ, et quelle réserve en cas de coup dur ?
- Quel logement les premières semaines, et à quel prix ?
- Quelle couverture santé, et à partir de quand ?
- Quel plan si le pays ou le travail ne convient pas ?
Gardez aussi une place pour ce qui ne se chiffre pas : les billets de retour, la solitude des premiers mois, les liens à entretenir. Et laissez la porte ouverte. Revenir comme rester sont des choix valables. Pour creuser chaque point, notre article sur les 5 points à vérifier avant de partir vivre à l'étranger et celui sur les démarches pour quitter la France font le tour des questions pratiques.
Ce qu'il faut retenir
Beaucoup de diplômés y pensent, une minorité part, et les raisons citées parlent bien plus d'espoirs que de rejet du pays. Les plus satisfaits de leur situation sont les plus nombreux à envisager sérieusement le départ, surtout quand leur entourage a déjà tenté l'expérience.
Entre l'envie et le départ, il existe toute une gamme : l'idée qui mûrit, le projet qu'on chiffre, l'essai de quelques années, parfois l'installation. Chacun place le curseur selon son budget, son métier et ses attaches. Pour avancer, notre simulateur gratuit du pays idéal compare 43 destinations selon votre profil, et le guide complet de l'expatriation est disponible gratuitement.